bannecrete.jpg

La cantine des bons copains, n'est plus là.

La petite cantine n'existe plus Je me souviens encore aujourd’hui du jour où je l'ai découverte, sur la plage de Kalives. Non celle située à l’Est, proche du petit port de pêche où sont amarrés des caïques et quelques embarcations de plaisance, mais celle qui était située sur la portion de plage entre Kalives et Kalami.

J'y revois la petite cantine

J’y revois la petite cantine accueillante d’Elefteria, plantée sur le sable. L’agencement sommaire, se limitait au stricte nécessaire, faisaient exception des plantes aux fleurs multicolores qui désespérément à coups d’arrosages journaliers s’épuisaient à masquer la simplicité des lieux.

L'Europe entière y grignotait

La cantine va être démolie Son plancher vétuste gémissant, semblait vouloir ployer sous le poids des tables et des chaises. De la roulotte aménagée en cuisine émanaient les senteurs et les fumets des plats cuisinés. Un frigo garni de boissons diverses, un autre de crèmes glacées lorgnaient du coin de l’œil les assoiffés, les enflammés du soleil ardent. En contrebas, les pieds dans le sable, sous une charpente de bois recouverte de bambous, une dizaines de tables entourées de chaises, invitaient à la rêverie devant un verre de fraicheur.

Lorsque le soleil était au zénith et l’appétit aiguisé, anchois et sardines grillés, salades grecques et tzatzikis garnissaient les tables. Parlers et dialectes divers s’y côtoyaient. L’Europe entière semblait y grignoter.

Plus bas encore, léchés par les vagues quinze sets de lits de plage et d’ombrelles invitaient les fatigués, les estomacs repus, les candidats du couleur café, à la douce farniente Voilà le décor planté, le rideau rouge peut se lever mais il n’y a plus d’acteurs, il ne demeure que souvenirs.

Le rendez-vous des bons copains

La cantine d’Elefteria accueillait des clients fidèles, des habitués. Tout le monde se connaissait, tout le monde se parlait. Les dès roulaient, les cartes se défiaient, les raquettes virevoltaient. Sur l’échiquier, les chevaux gambadaient. Elefteria du haut de ses talons et du coin de l’œil veillait au bien être de tout ce petit monde, son sourire avenant, son regard enjoué dissimulaient toutes les anciennes années perdues, lorsque là-bas en Amérique, elle regardait blanchir sa chevelure.

Aujourd'hui, elle pleure

De retour en Crète, sur son île natale, Elefteria avait retrouvé la joie de vivre, mais aujourd’hui elle est anéantie. Nous l’écoutons, nous contenons notre émotion, dissimulons notre compassion.

Elefteria est redevenue une petite vieille aux cheveux blancs, de ses yeux mouillés coulent les larmes de la désespérance. Elle doit partir, elle doit emporter chaises, tables et parasols, pots de fleurs, roulotte et ustensiles de cuisine. Elle doit partir, emporter sa vie, elle est expropriée.

Les vieilles planches de la cantine se sont s’effondrées sous la poussée aveugle du bulldozer. Habitations et chambres de luxe vont envahir le front de mer. Au restaurant, des pas feutrés serviront des clients chuchotant ou taiseux. Les parasols de la plage accueilleront des pigeons voyageurs, des migrateurs qui bronzent sans vouloir faire connaissance, puis qui s’en vont emportant quelques photos, sans connaître le pays où ils furent.

Tout s'en va

Les rires qui fusent, les dès qui roulent, les cartes qui tombent, les raquettes qui dansent, les chevaux qui gambadent s’en vont, sacrifiés au nom de la rentabilité. Elefteria ne sourit plus, elle n’a plus de visiteurs, plus d'amis, plus de famille cosmopolite, plus de lendemains. Désormais, elle regarde blanchir ses cheveux et lentement, très lentement, .....elle s’en va.


Retour à "Le quotidien grec"


Retour à la page d'Accueil